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SUDCAM : opportunités et défis d’une entreprise avant-gardiste

SUDCAM : opportunités et défis d’une entreprise avant-gardiste

SUDCAM est une entreprise créée en 2010 et appartenant à la joint-venture GMG Global Ltd qui est un groupe singapourien et une filiale de la société d’Etat chinoise SINOCHEM INTERNATIONAL (80%) et à la société de production de palmeraies et d’hévéa (SPPH, 20%).

La société Sud Cameroun Hévea S.A. (SUDCAM) est devenue tristement célèbre après le cinglant rapport de Greenpeace, intitulé « Halcyon Agri : le caoutchouc qui dévaste les forêts », et rendu public le 24 juillet 2018. À travers ce rapport qui avait pour objectif l’arrêt sans négociations des activités de SUDCAM, accusée par l’ONG, de détruire l’écosystème et la vie des Communautés locales. L’entreprise avait été salie aux yeux du monde et des camerounais, elle qui malgré sa discrétion ne manquait pas d’être efficace. D’où il nous est apparu nécessaire, de révéler au monde et aux camerounais, le vrai visage de SUDCAM, qui n’est pas celui d’un ange, mais non plus, celui d’un démon, mais plutôt d’une entreprise réaliste, en phase avec son temps, consciente des opportunités et des défis qui sont les siens et parée à trouver des solutions adéquates et même à faire des compromis pour son bien propre, mais aussi et surtout, pour celui des camerounais.
• Opportunités économique, sociale, et stratégique
SUDCAM est une entreprise créée en 2010 et appartenant à la joint-venture GMG Global Ltd qui est un groupe singapourien et une filiale de la société d’Etat chinoise SINOCHEM INTERNATIONAL (80%) et à la société de production de palmeraies et d’hévéa (SPPH, 20%). En décembre 2011, le blog de Mireille TCHIAKO nous informe que l’entreprise a signé un accord de 410 millions de dollars, soit un peu plus de 200 Milliards de Fcfa, avec le Gouvernement du Cameroun, pour développer 45.000 ha d’huile de palme et de plantations de caoutchouc à Meyomessala, Meyomessi et Djoum (Sud Cameroun). Le décret n. 011 du 14/01/2015, lui accorde une concession à titre provisoire de 30.408 ha, située au lieu dit « Corridor Nkolafendek-Otong Mbong », arrondissement de Djoum. Le quotidien Le Jour du 09/01/2018, donnait l’information selon laquelle, l’entreprise aurait l’intention d’augmenter sa concession jusques à 60.000 ha. Le quotidien Mutations révélait le 09/07/2017 que, selon le ministre camerounais de la Faune et de la Forêt, NGOLE NGWESE Philip, l’attribution et l’exploitation des concessions de l’entreprise respectent les procédures et règlements en vigueur, notamment les actes de concession dûment signés par le Président de la République et le cahier de charges dont le suivi est assuré par les administrations compétentes.
Ce qui précède, démontre le caractère légal de l’entreprise, sa légitimité et sa soumission aux lois et règlements de notre pays. Une entreprise qui suit une telle voie, ne peut donc délibèrement aller à l’encontre du bien de notre pays, de nous les Camerounais, car la loi d’un pays, protège en premier ressort ses citoyens, et qui se soumet à cette loi, prend l’engagement de protèger les citoyens de ce pays, et voici comment SUDCAM le fait. Sur le plan économique, elle a investi au Cameroun, apportant des capitaux qui permettent à l’ Etat de renflouer ses caisses et d’honorer certains de ses engagements envers les Camerounais. Aussi, tous les capitaux que l’entreprise investit pour la bonne marche de ses activités aident aussi à l’augmentation des capitaux locaux. Dans un contexte de sous emploi et de manque, l’entreprise aide à diminuer le nombre des chomeurs en offrant une bonne quantité d’emplois pour le fonctionnement de son usine. Ces nouveaux emplois diminuent le taux de chomage et font baisser les charges sociales de l’Etat, car un homme ayant un emploi, peut se prendre en charge lui-même, l’Etat n’ayant plus à se demener pour lui trouver un emploi ou des allocations. En outre, cela permet l’insertion sociale de ceux qui trouvent ici un emploi et qui étaient encore il y a quelques temps chomeurs, diminuant de ce fait la grogne sociale de quelques voix. Ces nouveaux employers pourront alors mieux participer à la vie de la société, répondant eux-mêmes de leur vie, prenant en charge leur besoins et envies. Aussi, en plus d’employer, la société rend attractive la localité à travers ses investissements sociaux, à savoir la construction des bâtiments scolaire, sanitaire, récréatif, associations. Elle donne un nouveau visage à la localité tout en la rendant célèbre aux yeux des camerounais, mais aussi du monde, du fait de la grande activité industrielle qui s’y fait. S’agissant de l’aspect stratégique, mettre sur pied une industrie d’une telle ampleur au Sud du Cameroun, c’est envoyer le message aux camerounais que le développement touchera toutes les régions, mais aussi, c’est imposer le Cameroun comme pôle industriel, que ce soit dans la sous région, en Afrique et même dans le monde. On ne peut manquer de signaler aussi que, c’est une immense opportunité pour la joint-venture, à savoir, augmenter son capital ainsi que sa renommée. Mais pour arriver à tout ceci, SUDCAM a-t-elle cédé à la déraison ? C’est ce que laisse penser Greenpeace et ses acolytes, mais qu’en est il de la réalité ?
• Les défis de la rentabilité, du respect de l’environnement et des populations locales.
Le but d’une entreprise qui investit est de faire du profit, mais doit elle le faire au détriment de la nature et de l’homme, mieux peut-elle le faire ?
Lors des grandes rencontres sur le climat, l’un des arguments le plus utilisés par les pays pauvres, par les pays en voie de développement et par les pays émergents, était de savoir comment se développer sans puiser dans les ressources naturelles, mieux comment se développer en respectant le chapelet d’interdits énoncés par les défenseurs de la nature. Le sentiment que partageaient ces pays, était celui-ci que, après avoir puisé abondamment dans les ressources naturelles, s’étant fait des réserves plus qu’abondantes et ayant déjà mis sur pied des méthodes alternatives pour continuer leur développement, les grandes puissances à travers leurs succursales que sont les Ong, avaient décidé de stopper net l’avancée des autres nations qui elles n’ont pas encore ses autres méthodes alternatives et qui n’ont pas les moyens de les acquérir, et qui comptent encore sur la nature pour se mettre au niveau. On peut donc comprendre pourquoi l’Etat du Cameroun, dans le souci de rendre attractive son économie, d’augmenter ses capitaux, mais aussi de permettre la réalisation de certaines activités sociales tout en boostant son impact géostratégique, a été favorable à la mise sur pied d’une société de ce niveau. Mais est-ce pour autant qu’il a fermé les yeux sur le respect des populations locales et de l’environnement ? A-t-il choisi le profit et la renommée au détriment de la nature et de l’homme ? SUDCAM peut-elle tout se permettre ? Mieux, SUDCAM se permet-elle tout ?
Le rapport de Greenpeace est lapidaire à ce sujet, SUDCAM se permet tout. Elle empiète sur les terres des populations rivéraines, ainsi que sur celles de la réserve de biosphère du Dja, elle impacte sur les activités de quelques exploitants forestiers (mais Greenpeace défend qui à la fin ? Les exploitants forestiers ne détruisent-ils pas la nature ? J’ai oublié, ils sont européens pour la plupart). Elle menace la biodiveristé de la réserve du Dja, ménace la survie des populations locales qui se servaient pour leur subsistance des forêts qu’elle détruit chaque jour. Et elle se le permet, car protégée par le Gouvernement qui garderait le silence sur tous ces préjudices à l’encontre de l’environnement et de l’homme. Greenpeace poursuit en disant que, avec la complicité du Gouvernement, la société n’a toujours pas rendu public les informations clés sur le projet, à savoir l’ensemble des limites de la concession, le montant de la taxe foncière, les informations sur le propriétaire, l’investissement réel réalisé jusques à présent. Aussi, la convention signé en 2011 entre le Ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (MINEPAT) donnerait à SUDCAM, toujours selon Greenpeace, des pouvoirs quasi illimités (le droit de développer et d’agrandir la zone de plantation et de production à grande échelle, droits exclusifs d’extraction et d’utilisation de l’eau dans la zone de la concession sans autorisation ni frais, droit d’ériger des barrages routiers dans l’intérêt de la société et de la sécurié de ses actifs). Aussi, dans le magazine numérique les Scoops d’Afrique du 03/12/2018, nous pouvons lire les propos de M. MBAGNA Francis du Conseil des Eglises protestantes du Cameroun (CEPCA), selon lui, le Gouvernement et SUDCAM n’auraient pas procédé à un consentement libre, préalable et éclairé (CLIP), ni à aucune consultation appropriée entre le Gouvernement, SUDCAM et les populations locales avant l’acquisition et le développement du terrain. Toujours selon lui, les plaintes auprès des autorités administratives ne seraient pas enregistrées ou entraineraient des menaces de la part de l’entreprise et des promoteurs. Selon Eric INI, responsable de la campagne forestière pour Greenpeace Afrique, la société serait détenue à 20% par un membre du Gouvernement dont l’identité reste un mystère. Pour Joseph ZEBAZE, Coordinateur national du Réseau Camerounais des organisations de défenses des droits de l’homme (RECODH), les Communautés locales sont privées de leurs droits humains fondamentaux par une grande et puissante entreprise, il cite les Baka qui sont déplacés et privés de moyens de subsistance sans compensation juste et adéquate, et avertit que, en refusant de répondre aux préoccupations sociales qui touchent les populations riveraines, SUDCAM nourrit une bombe à retardement.
Ces différentes allégations sont rejetées par le ministre NGOLE NGWESE Philip qui affirme dans le quotidien Mutations du 09/07/2017, que SUDCAM a respecté la procédure et est en règle, mais aussi que ses activités se déroulent loin du point tampon du patrimoine de L’UNESCO, à savoir la réserve de biosphère du Dja. Aussi, le journal le Jour du 09/01/2018, annonçait la tenue des audiences entre le Ministre en charge de la protection de la nature et du développement et SUDCAM, celles-ci relatives à l’étude de l’impact environnemental et social du dit projet, elles avaient aussi pour objet de recueillir les observations du public. Selon Camerooninfo.Net du 10/01/2018, en Octobre 2016, SUDCAM a signé une convention avec le Ministère de l’Agriculture afin que celui-ci lui apporte les appuis techniques nécessaires dans le domaine de l’encadrement des producteurs et leur approvisionnement en plants d’hévéa. En outre selon le Blog de Mireille TCHIAKO, après avoir mené une étude d’impact environnemental et social (EIES), SUDCAM a décidé de réduire sa superficie de 13.000 ha, la rétrocédant à l’Etat sans contrepartie.
La synthèse de ses différents avis, nous amène à dire que, certes, SUDCAM n’est pas exempte de reproches, mais aussi, elle n’est pas exempte de compliments. À elle de trouver les ressources nécessaires afin de réussir la dialectique de ses défis, à savoir persévérer dans ce qui constituent aujourd’hui ces atouts indiscutables tout en les améliorant, mais aussi, corriger ses passifs et faire taire la vague des critiques fondées et mêmes infondées, à son encontre. La balle est dans son camp, le chemin parcourut jusqu’ici la montre capable de relever ses défis, nous le lui souhaitons, tout en invitant les défenseurs de la nature à un peu de réalisme vital et par delà la critique pour la critique, à une critique constructive. Au lieu de jeter de telles opportunités, voire comment les rendre possibles et viables.

Par Fabrice Calvin MAKANDA

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